Après la déculottée subie par l’Iran, quel(s) choix ont les pays musulmans du Golfe (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Koweit, Barheïn, Qatar…) ?
Les récents événements – guerre Israël-Iran de juin 2025, puis frappes américano-israéliennes massives sur l’Iran fin février 2026 suivies de représailles iraniennes sur plusieurs États du Golfe – ont brisé l’illusion d’une neutralité viable. L’Iran a ciblé des bases US et des infrastructures civiles au Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweit, Oman, Jordanie… forçant ces pays à choisir.
Quelles sont dorénavant leurs marges de manœuvre, leurs options ? Peuvent-ils, pourront-ils rester neutres ou bien seront-ils obligés de choisir ?
Pour l’heure, les attaques iraniennes directes sur leur sol montrent que rester en marge expose à des représailles sans protection. Les États du Golfe condamnent unanimement l’agression iranienne et réservent leur droit de réponse, mais ont-ils encore un choix autre que l’alignement renforcé avec l’Occident (États-Unis)
Les États-Unis restent garants de la sécurité (défense antimissile, bases). Riyad, Doha et Abu Dhabi ont intercepté des missiles iraniens grâce à des systèmes US. Malgré leurs refus antérieurs d’utiliser leur territoire contre l’Iran, ils offrent désormais un soutien logistique et condamnent Téhéran. Les investissements massifs saoudiens aux États-Unis en 2025 influencent et renforcent forcément cette dépendance sécuritaire.Le dialogue saoudo-iranien (enclenché en 2023) et les médiations qataries persistent sur le papier, mais les frappes directes ont forcément détruit la confiance ! Les États du Golfe semblent désormais privilégier désormais la dissuasion plutôt que l’apaisement. Le Qatar maintient un rôle de médiateur (négociations US-Iran via Oman), mais condamne fermement les attaques sur son sol.
Alors, vers quel équilibre en 2026 ?
Les pays du Golfe optent pour un multilatéralisme défensif plutôt qu’un choix binaire :
– Priorité à la sécurité via les États-Unis (alliance militaire indispensable face à la menace iranienne immédiate).
– Diversification accélérée (Chine pour l’économie, Pakistan/Turquie pour la défense).
– Coopération régionale renforcée contre les proxies iraniens.
– Maintien prudent de canaux diplomatiques avec Téhéran pour éviter l’escalade totale.
Bref, de toute évidence, la neutralité est morte ; l’engagement occidental domine pour la survie immédiate, tandis qu’un dialogue minimal avec l’Iran vise à limiter les dégâts économiques et à préserver la stabilité régionale à long terme.
Les Choix Géopolitiques des Pays Musulmans Face à l’Iran et l’Occident
Dans un Moyen-Orient marqué par des tensions persistantes, les pays musulmans sunnites comme l’Arabie saoudite, le Qatar et d’autres États du Golfe se trouvent confrontés à un dilemme stratégique : opter pour la neutralité, un alignement renforcé avec l’Occident (notamment les États-Unis), ou un engagement plus étroit avec l’Iran chiite. Les événements récents, tels que la guerre brève entre Israël et l’Iran en juin 2025, suivie d’une frappe iranienne sur une base américaine au Qatar, ont brisé l’illusion d’une neutralité viable, comme l’illustre un article récent de René Mamou. Ces pays, hôtes de bases américaines et partenaires indirects d’Israël, sont devenus des cibles potentielles pour Téhéran et ses amis, forçant une réévaluation de leurs positions.
Tensions, rapprochements…
Depuis le rapprochement saoudo-iranien de mars 2023, les États du Golfe ont priorisé la désescalade avec l’Iran pour préserver la stabilité régionale et leurs économies pétrolières. En 2025-2026, cette normalisation persiste malgré les défis, avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) voyant en l’Iran un concurrent plutôt qu’un ennemi existentiel. Cependant, les attaques iraniennes passées (comme celles sur des installations saoudiennes en 2019) et récentes montrent que la neutralité n’offre pas de protection durable face aux amis de l’Iran proches comme les Houthis au Yémen ou les milices en Irak. Les États du Golfe, eux, exposées à des hauts et des bas économiques car dépendant du tourisme et du pétrole doivent naviguer à vue.
Les Options Stratégiques vont sans doute mener ces pays à naviguer à vue… on a vu avec la guerre de 2025 que ni le Qatar ni l’Arabie saoudite ne peuvent rester à l’écart. L’Iran cible et ciblera forcément les alliés des Occidentaux… le neutralité n’a plus vraiment de sens. On voit ainsi les Etats du Golfe choisir la coexistence régionale, la diversification avec la Chine pour l’économie et la Turquie pour la défense tout en maintenant des liens avec les USA…
C’est que les USA restent indispensables pour la sécurité, comme l’ont montré les visites de Donald Trump en 2025 à Riyad, Doha et Abou Dhabi, aboutissant à des accords sur l’IA et les investissements. L’Arabie saoudite aussi investit massivement aux États-Unis pour apaiser l’administration Trump et conserver des garanties militaires. Certes rien n’est simple, les Accords d’Abraham stagnent, Riyad conditionnant toute normalisation avec Israël à un État palestinien…
– On note aussi un rapprochement avec l’Iran : pas d’alignement total, mais un pragmatisme croissant. L’Arabie saoudite joue le dialogue avec Téhéran pour contrer l’hégémonie israélienne.
Bref il semble que les différents pays musulmans du Golfe jouent de plus en plus la multiplicité et la souplesse des alliances diverses et variées, par exemple un pacte de de défense avec le Pakistan tout en coopérant avec l’Iran sur certains dossiers pendant que le Qatar renforce ses liens avec Riyad…
Bref, il semble qu’il soit moins question de guerre et plus de sécurité, voire de désescalade.
En 2026, les pays musulmans du Golfe, face à une instabilité persistante (Syrie, Yémen, Soudan), privilégient un équilibre multipolaire plutôt qu’un choix exclusif. L’Arabie saoudite émerge comme un « middle power » influent, diversifiant ses alliances (pacte de défense avec le Pakistan) tout en coopérant avec l’Iran sur des dossiers communs. Le Qatar, sous pression, s’aligne sur une conduite plus responsable, renforçant ses liens avec Riyad. Ultimement, la neutralité pure semble obsolète ; ces États optent pour une diplomatie flexible, protégeant leurs intérêts économiques dans un ordre mondial en mutation, où l’Occident offre la sécurité et l’Iran une opportunité de désescalade.
Jean-Pierre Lamouroux
Professeur d’histoire et géographie
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