Mis en garde à vue, un médecin porte plainte contre l’Etat !

Ce devait être une simple réquisition, qui s’est finalement transformée en calvaire pour le Dr Gabriel Terdjman, 79 ans, médecin généraliste à Chennevières‑sur‑Marne (Val‑de‑Marne) depuis 50 ans.

Pour avoir refusé une réquisition émanant d’un commissariat, le médecin a été placé en garde à vue pour 24 heures. La police l’ayant contacté depuis un numéro masqué, il n’a pas pris l’appel au sérieux.

Tout s’est déroulé le mercredi 7 janvier, en pleine grève des médecins libéraux.

« Lundi, mardi et mercredi, la région a été touchée par une tempête de neige importante rendant la circulation difficile. De retour de congés le lundi, j’ai poursuivi mon activité médicale, n’étant pas gréviste. J’ai choisi d’assurer mes consultations afin de ne pas pénaliser mes patients, bien que je comprenne les raisons du mouvement de grève. Ce jour‑là, malgré les conditions météorologiques difficiles, j’ai pris en charge l’ensemble de ma patientèle. Par ailleurs, j’ai spontanément accepté d’aider un patient inconnu dont l’épouse venait de décéder, en établissant un certificat de décès après mes consultations, vers 20 h 30. Les journées de mardi et mercredi se sont déroulées dans des conditions similaires, avec un volume de travail conséquent. Le mercredi après‑midi, j’ai été contacté par le commissariat de Chennevières, via un appel masqué, m’informant que j’étais réquisitionné pour établir un nouveau certificat de décès », explique le Dr Terdjman, contacté par Medscape édition française.

Appel masqué

« Les réquisitions ne se font pas par téléphone : on me remet toujours un document officiel. Je n’ai jamais été contacté autrement, et je considère qu’il faut ce papier pour agir […] J’ai décidé de ne pas m’y rendre », poursuit‑il.

« Environ 24 à 48 heures plus tard, j’ai été informé d’une convocation, toujours par un appel masqué, sans présentation de l’interlocuteur. Au cours de cette conversation, le ton est monté ; lorsque l’interlocuteur s’est exprimé de façon véhémente, j’ai indiqué que je ne souhaitais pas poursuivre la conversation, puis j’ai mis fin à l’appel. Trois jours après, j’ai reçu une notification formelle par la poste, m’informant d’une convocation pour une garde à vue. »

Garde à vue

Le Dr Terdjman a donc été convoqué le 21 janvier à 15 heures. Dans un premier temps, explique‑t‑il, il pensait s’y rendre avec son avocat, mais des policiers de son entourage le lui ont formellement déconseillé, et il s’y est donc rendu seul. « À mon arrivée, on m’a aussitôt annoncé que j’étais en garde à vue : ils m’ont demandé d’enlever ma ceinture, mes lunettes et mes chaussures afin de vérifier qu’il n’y avait rien caché dessus ou dedans. Ils ont même contrôlé mon pantalon pour s’assurer que je ne transportais rien de dissimulé, ce qui était franchement très désagréable. Ensuite, ils m’ont placé dans une cellule avec un autre prévenu qui attendait d’être transféré. Un peu avant 18 heures, on est venu me chercher pour l’interrogatoire, durant lequel j’ai répondu aux questions face à la personne impliquée dans l’altercation avec moi. J’ai expliqué le contexte, ce que j’avais vécu et ressenti. J’ai admis avoir été un peu désagréable, pensant au départ qu’il s’agissait d’une blague. Après avoir consigné toute ma déclaration, l’officier a conclu l’entretien vers 6 heures et je lui ai demandé si je pouvais enfin rentrer. Il m’a répondu que non : le procureur était parti, il était donc impossible de le joindre. L’officier a mis son manteau et a quitté le commissariat, tandis que l’on me renvoyait dans ma cellule jusqu’au lendemain, vers 15 heures », détaille le Dr Terdjman.

Refus de signature

« À 15 h 05, il est venu me chercher et m’a demandé de signer mon procès‑verbal de sortie. Il souhaitait également que je signe ma convocation devant le procureur de la République, prévue le 20 octobre, afin de répondre à l’accusation d’outrage à officier de police judiciaire (OPJ) concernant Madame Sandra (dont je ne me souviens plus du nom de famille). J’ai précisé n’avoir jamais eu de contact avec cette personne. Il m’a alors indiqué qu’effectivement, lors de notre conversation téléphonique, le haut‑parleur était activé et Madame Sandra a pu entendre l’ensemble de mes propos. Je lui ai demandé s’il plaisantait, et lui ai rappelé que si j’avais manqué de respect à quelqu’un, c’était à lui et à personne d’autre. J’ai donc refusé de signer cette convocation, ce qu’il a acté en inscrivant “refus de signer”, puis m’a libéré. »

Trois plaintes

Le Dr Terdjman, de son côté, ne compte pas en rester là : « Je prévois d’introduire trois plaintes distinctes. La première sera adressée à l’IGPN, la seconde au Défenseur des droits, et la troisième concernera une action contre l’État pour préjudice moral. En effet, j’ai été contraint d’annuler une consultation, ce qui a entraîné un préjudice moral que je souhaite faire valoir jusqu’au terme de la procédure. » Il a également reçu le soutien de ses pairs.

Soutien des syndicats

Le syndicat des médecins libéraux (SML) a vivement réagi à cet incident. Dans un communiqué, le SML indique que « ce médecin n’est pas un délinquant. Et oui, quelque chose ne va pas : un médecin de 79 ans, avec des décennies de pratique, placé en garde à vue pendant 24 heures pour avoir refusé une réquisition qu’il estimait ne pas pouvoir honorer dans des conditions conformes à son éthique professionnelle. »

Le SML rappelle que « refuser un acte médical lorsqu’on considère ne pas être en mesure de le réaliser correctement n’est pas une faute morale. C’est précisément le cœur de la responsabilité médicale. […] Quand un praticien expérimenté dit “je ne peux pas”, la réponse ne devrait jamais être une cellule de garde à vue, mais une discussion, une alternative, une solution collective. » MG France partage le même constat : « Un certificat de décès engage la responsabilité du médecin, il ne peut pas être réduit à une formalité administrative. Une réquisition est une procédure dont la forme est encadrée et doit être respectée. Au regard des éléments rapportés, le recours à une garde à vue apparaît disproportionné et envoie un signal désastreux aux soignants de notre pays. MG France apporte son soutien à notre confrère et saisit dès aujourd’hui les autorités compétentes afin d’obtenir des clarifications. »

Frédéric Villeneuve, président du syndicat FMF‑Gé, hésite entre ironie et colère froide, dans un post sur LinkedIn : « Le vrai “numerus clausus” 2026 : les médecins sortent du cabinet… par la porte du commissariat. La grande innovation administrative : réquisition par numéro masqué, sans nom, sans grade, sans réquisition écrite. Il doute (normal), il refuse. Sanction : garde à vue de 24 h à 79 ans. Lunettes retirées, mise en cellule avec des soucis cardiaques, longue nuit au froid… Quand l’État menotte ceux qui soignent, il signe sa faillite. » 

Jean-Bernard Gervais

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16 Commentaires

  1. Un médecin, c’est quelqu’un qui a voué sa vie au service des autres.
    C’est un élément positif de notre société.
    Et le trouduc qui l’a harcelé , il sert à quoi ???
    Certainement un habitué des PV faciles, un racketeur au service du Gouv.

  2. Ceci est le signe certain de la fin de la démocratie telle que nous la connaissions autrefois.
    Autrefois la flicaille respectait les soignants, et surtout un docteur de 79 ans, ayant largement dépassé l’âge de la retraite.
    Ces flics qui l’ont harcelé, sont de minables petites raclures de b****.

  3. Je crois que la flicaille est de plus en plus arrogante et très mal élevée.
    elle se conduit comme de la petite racaille et se croit au-dessus des lois, abus de pouvoir et agressions en tout genre.
    Depuis les GJ où ils ont été autorisés à crever les yeux de personnes innocentes et désarmées, ils n’ont plus de limites, ni de contrôle.

  4. Si cela s’est passé comme décrit, je dirais que la « maltraitance  » des médecins a commencée il y a un certain temps et s’est concrétisée d’une façon évidente pendant la période Covid où ces professionnels n’avaient pas le droit de soigner, comme le serment d’hypocrate le stipule ! ils avaient ordre de soigner selon la cellule de défense ( le gouvernement ) puisque nous étions en guerre n’est ce pas !!! C’était là, très clairement pour moi, un pied dans la porte des cabinets de ces médecins mis aux ordres !
    C’est là ma réponse à ce qui arrive à ce médecin ; par ailleurs, certains se sont décridibilisés en étant affiliés à des labos .  » on est pas rendu !!  » ;

  5. Il n’y a pas plus pourri que l’état actuel avec le TDC que nous avons aux commandes. Le reste ne vaut guerre mieux, quant aux gendarmes, que je soutiens toujours, ceux là ne mérite aucune compassion, ce sont des nervis, qui feraient mieux de courir après les narcotrafiquants et les dealers qu’après un médecin de 79 ans. Mais là encore , c’est pas le courage qui les motivent. Comme partout il y a des brebis galeuses. Je ne parle pas des procureurs , comme des juges, d’un rouge profond. Ceux là paieront, un jour, et très chers!

  6. Quand on lit un article comme celui là, on se dit je rêve, ça ne peut pas être possible, c’est une blague.
    Eh bien non, on est en bien en France , en 2026.
    Mais où va s’arrêter la chute de notre pays?

  7. Ce sont des abus de pouvoir de la part d’individus qui ne sont pas dignes de la profession qu’ils exercent. Cette injustice illustre le dicton : Faible avec les forts, Fort avec les faibles… Et quand on dit faible il faut comprendre : citoyens honnêtes écrasés par des incompétents prétentieux.

  8. Ah bin c’est tellement plus facile de montrer les muscles devant un médecin de 79 ans qui bosse encore pour soigner des gens. Ce zélé policier aurait certainement été plus utile à piéger des dealers mais là c’est différent car les dealers ont vite fait de sortir les flingues et je gage que ce zélé fonctionnaire de police aurait quitté les lieux au pas de course. Fort avec les faibles faible et couard avec les forts c’est la devise de la macronie

  9. Nous sommes dans un Pays de merde, dirigé par des Merdeux !
    Honte à notre Pays qui a perdu toutes se valeurs et se conduit en Inquisiteurs-Dictateur !!!

  10. Que l’on embarque un médecin de 79 ans sans vrai motif, cela ressemble à des méthodes d’un autre temps! D’ailleurs, comment peut-on prendre au sérieux un appel téléphonique? la plupart du temps c’est de l’arnaque!

  11. Comme quoi, la racaille est partout, y compris dans les forces de l’ « ordre ».
    Une histoire typique de l’époque.

  12. Bonjour, si c’est bien comme cela qu ça s’est passé je comprends très bien le médecin, moi même je ne réponds jamais à des appels masqués ! Bien étrange cette affaire. Bonne journée.

  13. Honte à ces « flics » qui visiblement chassent les primes et les décorations.
    Si l’on tient compte de la méthode, dans ce cas il devrait y avoir des millions de citoyens en garde à vue qui ne répondent pas aux appels masqués, dont je fais partie.

  14. Après on va vous dire que la police est débordée et que elle n’a pas le temps de convoquer vos voleur et vos agresseurs !!!
    LA BONNE BLAGUE !!!
    Médecin de 79 ans : Ils n’en ont rien à foutre. Ils seraient capables de mettre un nourrisson en GAV. Et il y en a encore qui les défendent parce-que « Y Zobéissent aux ordres »
    BEN VOYONS !!!
    Un policier un tant soi peu lucide l’aurait remis en liberté prétextant une crise d’asthme ou un truc médical. Mais faut pas réver.