Sarah Knafo ou l’énigme que Libération ne sait pas lire

Je suis assis au café des Brisants, à la pointe de Lechiagat. Dehors, la mer est basse, luisante comme une tôle martelée, et le vent d’ouest charrie cette odeur mêlée d’algue et de gasoil qui rappelle aux vivants qu’ils ne sont jamais que des passagers. Sur la table, un café serré, un verre d’eau, et Libération ouvert en grand, deux pleines pages consacrées à Sarah Knafo. Je lis lentement, fasciné. Non par ce qui est dit, mais par ce qui affleure malgré l’effort visible pour le dissimuler.
La journaliste de Libération a dilué son fiel habituel dans une eau claire, presque une eau de source. Le ton est policé, la plume de Charlotte Belaïch se veut légère, la bande dessinée signée Florence Cestac amuse la galerie. Pourtant, ligne après ligne, affleure une obsession. Le portrait annonce un « itinéraire d’une ex-conseillère de l’ombre qui cherchait la lumière », formule révélatrice, qui pose d’emblée le soupçon moral, la quête narcissique, l’ambition coupable. Sarah Knafo n’est jamais décrite comme un esprit, mais comme un phénomène optique, une présence trop visible, presque indécente.
La journaliste passe son temps à traquer ce qu’elle croit être des petitesse, comme si l’essentiel devait forcément se nicher dans le défaut. Carriérisme, goût du pouvoir, usage supposé de la séduction auprès des hommes d’influence, le procès est instruit à bas bruit. On évoque un « papillon de lumière », on insiste sur les « adoubements », sur les déjeuners, sur les regards, sur les réseaux. Rien de tout cela n’aurait manqué de faire hurler les féministes si le sujet avait été une femme de gauche. Ici, le silence est assourdissant. L’ambition devient faute, la vivacité devient calcul, l’intelligence se mue en ruse, uniquement parce que la femme en question ne sert pas le bon camp.
À force de se concentrer sur ces soupçons, Libération passe à côté de la colonne vertébrale du personnage. Tout est là pourtant, à portée de regard, mais comme occulté volontairement. L’intelligence, d’abord. Elle affleure malgré le filtre hostile, jusque dans les témoignages convoqués à charge. Jacques Attali lui-même parle d’une impression « formidable, éveillée, dynamique ». Henri Guaino salue une personnalité « extraordinaire ». Même ses détracteurs reconnaissent une capacité rare à comprendre les mécanismes du pouvoir. Le journal accumule ces phrases sans sembler mesurer qu’elles ruinent sa propre thèse.
Nos chemins se sont croisés une fois. Il m’est arrivé deux fois d’être littéralement ébloui par une intelligence en actes. La première, il y a longtemps, lors d’un procès retentissant, en rencontrant l’avocat Jacques Vergès avant l’audience. Une intelligence froide, acérée, souveraine. La seconde fois, ce fut Sarah Knafo. Le parallèle étonnera, il est pourtant exact. Même capacité à saisir immédiatement l’ensemble d’une situation, même rapidité d’analyse, même distance ironique vis-à-vis du décor.
À la différence de Marion Maréchal, Sarah Knafo n’est pas tombée dans la marmite idéologique dès l’enfance. Son appareil de conviction, elle l’a lentement intériorisé. Libération évoque son parcours à Sciences Po, à l’ENA, ses hésitations, ses curiosités multiples, comme pour y voir une instabilité. J’y vois au contraire la marque d’une intelligence qui comprend progressivement l’enjeu d’une époque. Elle a vu ce que tant de hauts fonctionnaires refusent encore d’admettre, enfermés dans leur bulle sociale et idéologique, à savoir que le réel a repris ses droits.
L’article parle longuement de sa relation avec Éric Zemmour, auréolée de mystère, comme si toute femme devait forcément être définie par l’homme qui l’accompagne. On y suggère la manipulation, l’instrumentalisation, la tornade. Hypothèses commodes. Ce que le journal ne parvient pas à penser, c’est l’évidence d’un double éblouissement intellectuel. Aux idées, à la puissance d’analyse et à la projection historique d’Éric Zemmour, Sarah Knafo apporte une dimension politique et empathique. Elle sait traduire des concepts complexes en formules simples, compréhensibles, directement reliées à l’expérience vécue. Son entrée au Parlement européen a constitué la première étape de cette exposition, son succès médiatique depuis l’été 2025 en a été la confirmation, reposant sur cette faculté rare. Son entrée en lice pour les municipales à Paris n’est qu’une marche de plus.
Libération concède, presque à contrecœur, sa maîtrise des codes médiatiques. Il parle de « formules ciselées », de centralité, de visibilité constante. Il ne dit pas l’essentiel. Sarah Knafo est en syntonie avec le réel. Lorsqu’elle parle, elle convoque une expérience partagée par les Français, et désormais par les Parisiens. Elle s’adresse à ce que chacun voit, subit, ressent. Face à elle, des journalistes qui vivent dans une guerre culturelle permanente, petits soldats d’un imaginaire épuisé, mal armés pour affronter quelqu’un qui ne joue pas dans le registre de l’abstraction morale. On l’a vue récemment sur France Info dominer des intervieweurs ouvertement hostiles, cherchant à la déstabiliser, à la faire trébucher, à la piéger sur des mots. Elle les retourne sans hausser le ton, non par brutalité, mais par cohérence avec ce réel qu’ils ont déserté depuis longtemps. Surtout, elle ne porte aucun cadavre dans son placard, et cela les désarme plus sûrement que n’importe quelle polémique.
Enfin, Libération feint d’ignorer que rien de solide ne se construit seul. Prenons la campagne parisienne, elle n’est pas l’œuvre d’une soliste capricieuse surgie de nulle part. Elle est le produit d’un travail collectif, discipliné, méthodique, où chacun joue sa partition avec rigueur. Le rôle de Samuel Lafont, petit génie des réseaux sociaux et de la grammaire numérique de Reconquête, est central dans cette dynamique. Celui d’Éléonore Lhéritier, collaboratrice de confiance, organisatrice de l’ombre, dotée d’une véritable intelligence graphique et visuelle, gardienne de la cohérence, de la lisibilité et de la réactivité de l’équipe, l’est tout autant. Le journal préfère parler de bulle, de likes, d’illusion, comme si toute réussite politique qui échappe à son univers idéologique ne pouvait être qu’un mirage ou une imposture.
Je replie le journal. La bande dessinée me fait sourire, malgré moi. Elle révèle moins Sarah Knafo que le désarroi d’une classe médiatique de gauche qui sent confusément qu’elle a devant elle un ennemi qu’elle ne sait ni domestiquer ni discréditer tout à fait. Le lapin regarde les phares approcher, fasciné, incapable de décider s’il doit fuir ou rester immobile. L’histoire, elle, décidera.
Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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