
C’est un cliché qui a la vie dure, mais comme souvent avec les stéréotypes culturels, il prend racine dans une réalité historique et sociologique bien concrète. On ne dirait pas forcément que le Russe « prévoit tout » par optimisme, mais plutôt qu’il se prépare au pire par expérience.
Voici pourquoi cette réputation de prévoyance (et de stockage) est si ancrée :
La culture du « Zapas » (La réserve)
En Russie, le mot zapas est sacré. Historiquement, entre les hivers rudes, les pénuries de l’ère soviétique et les crises économiques brutales des années 90, la confiance envers le système d’approvisionnement a souvent été rompue.
Dans beaucoup d’appartements russes, le balcon n’est pas un lieu de détente, mais une extension du garde-manger. On y trouve souvent des sacs de pommes de terre de 20kg, des oignons, et des bocaux.
Le réflexe du sucre et du sarrasin (Gretchka) : À la moindre annonce de crise, les rayons de sarrasin et de sucre se vident en premier. C’est un baromètre social. Si les Russes achètent de la gretchka, c’est que les temps vont durer.
L’art de la « Zagotovka » (Les conserves maison)
Si vous visitez une famille russe, il est presque garanti qu’on vous servira des cornichons (ogourtsy), des champignons ou des tomates marinées.
La datcha (maison de campagne) n’est pas qu’un lieu de vacances, c’est une unité de production. Selon une étude du VTsIOM (Centre russe de recherche sur l’opinion publique), une large partie de la population cultive encore ses propres légumes pour faire des réserves hivernales.
Pourquoi ? Ce n’est pas seulement pour le goût, c’est une stratégie de survie héritée. Faire ses conserves, c’est s’assurer de manger même si les prix s’envolent ou si les magasins ferment.
« Avos » vs Prévoyance
Il existe une dualité fascinante. Le Russe compte souvent sur le « Avos » (le fameux « on verra bien »), mais parallèlement, il ne part jamais en forêt sans un couteau, des allumettes et de la nourriture.
En voyage : une anecdote classique est celle du train (le Transsibérien ou autre). Là où un voyageur européen part avec un sandwich, le passager russe sort souvent un poulet entier rôti dans du papier journal, des œufs durs et du thé. On ne sait jamais si le train aura 10 heures de retard en pleine toundra.
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