Iran : 16 500 vies brisées par le régime des ayatollahs

Borna Dehghani, 18 ans (photo), a été abattu et est mort d’hémorragie dans les bras de son père lors des manifestations. Ses parents l’avaient supplié de ne pas y aller, mais il leur avait répondu : « Si je n’y vais pas, rien ne changera. »

Il y a des nuits où un pays semble se vider de son âme. En Iran, les 8 et 9 janvier 2026 resteront gravés dans la mémoire collective comme des nuits d’extermination — celles où les rues de Téhéran, de Rasht et d’Ispahan ont littéralement saigné. Les caniveaux ont charrié le sang des manifestants, les hôpitaux sont devenus des couloirs de mort, et les visages des jeunes tombés hantent déjà la conscience du monde qui, une fois encore, détourne le regard.

Des familles et des habitants se rassemblent devant le bureau du médecin légiste de Kahrizak, face à des rangées de sacs mortuaires, à la recherche de leurs proches tués lors de la violente répression des manifestations nationales par le régime. 

Au milieu du vacarme des fusillades, des files de corps ont été alignées dans les morgues improvisées de Kahrizak. Les téléphones portables sonnaient sans réponse à travers les sacs mortuaires, parfois pendant des heures, comme si les morts eux-mêmes tentaient d’alerter les vivants. Parmi eux, un jeune physiothérapeute que ses parents ne purent enterrer qu’après avoir payé à ses bourreaux la “rançon des balles” qui l’avaient tué. D’autres familles, ruinées ou terrorisées, ont choisi de creuser dans leur propre jardin, pour offrir à leurs enfants une sépulture décente — et un dernier geste d’amour dans la clandestinité.

À Ispahan, un infirmier, Hamid Mazaheri, a été abattu alors qu’il soignait des blessés. À Rasht, des centaines de paires de chaussures abandonnées témoignent du massacre dans le bazar brûlé : vestiges muets de ceux qui fuyaient les flammes et les tirs. Ces images rappellent, comme une ombre qui traverse l’histoire, celles d’autres génocides où les objets des victimes restent pour dire ce que les vivants ne peuvent plus exprimer.

Mais le plus insoutenable n’est peut-être pas tant le carnage que le silence. Le silence des chancelleries, celui des écrans occidentaux, celui des dirigeants qui mesurent la géopolitique au litre de pétrole plutôt qu’au litre de sang versé. À Téhéran, les haut-parleurs de la milice ordonnent aux familles de se taire. Pourtant, dans les foyers murés de peur, les voix continuent de s’élever. Des mères conservent des bulletins d’hôpital tachés de rouge comme des reliques. Des enfants demandent pourquoi leur père ne rentre pas. Et des survivants murmurent, presque en secret, qu’ils n’ont plus peur de mourir.

Ces Iraniens ne se battent pas seulement contre une dictature : ils affrontent une machine de désincarnation. Pourtant, sous la chape de sang et de silence, subsiste une lumière fragile — celle d’un peuple qui veut encore croire qu’un jour, l’Iran appartiendra de nouveau à ses enfants. Dans la douleur de ces heures, au-delà des chiffres et des bilans, demeure la grandeur tragique d’hommes et de femmes qui refusent la résignation.

Leurs noms, leurs visages, leurs derniers gestes ne doivent pas se dissoudre dans les statistiques. Car tant que le monde les évoquera, le régime n’aura pas gagné.

Parmi les corps retrouvés à Kahrizak figurait celui du kinésithérapeute  Masoud Bolourchi, 37 ans (photo). Il avait reçu une balle dans la nuque. Ses parents ont été contraints de verser une compensation financière au régime pour récupérer son corps et l’enterrer.

Une exilée iranienne, dont le nom ne peut être divulgué, a perdu sa cousine, Parnia (photo), à Rasht. « J’ai appris la terrible nouvelle par des proches à l’étranger », a-t-elle déclaré. « J’ai attendu que ma sœur m’appelle. Quand je lui ai demandé ce qui s’était passé, elle a simplement dit : “Parnia est morte.” »

Hamed Basiri (photo) a laissé derrière lui sa fille de six ans après avoir été blessé par balle au visage. Dans un dernier message à sa famille, il a déclaré : « C’est dur de voir autant d’injustice sans pouvoir réagir. »

Saeed Golsorkhi (photo), un haltérophile costaud et imposant, a été blessé par balle à la jambe lors des manifestations et transporté à l’hôpital. Il s’est réfugié chez sa mère, mais les forces de sécurité l’ont retrouvé, l’ont fait sortir de force et lui ont tiré une balle dans la nuque.

➡️Rappel (qui explique en partie le silence actuel de la classe politique):

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei devant la photo du fondateur de la république islamique.

La France a accueilli l’ayatollah Khomeini à Neauphle-le-Château dès octobre 1978, lui accordant un statut de résident et une liberté d’expression qui lui ont permis de diriger la révolution iranienne depuis son sol, avec l’admiration de la gauche et d’intellectuels comme Foucault, Sartre et Beauvoir.
Le 1er février 1979, Valéry Giscard d’Estaing a affrété un avion Air France pour son retour triomphal à Téhéran, facilitant ainsi sa prise de pouvoir malgré les risques d’attentat.

Photos : Daily mail – Texte : Jules Ferry – 16 500 : chiffre cité par le Daily mail

 

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