
Les Kurdes, souvent décrits dans certains milieux comme les « catins des États-Unis » au Moyen-Orient, ont représenté pendant des décennies un instrument géopolitique jetable : des alliés tactiques en cas de besoin pour frapper des régimes hostiles à Washington, mais abandonnés dès que les objectifs changent ou que les coûts deviennent trop élevés.
Après la chute de Bachar al-Assad fin 2024, les Forces démocratiques syriennes (FDS) – la coalition à majorité kurde qui contrôlait une grande partie du nord-est de la Syrie – ont perdu en quelques semaines ce qu’elles avaient construit en plus d’une décennie de guerre contre Daech.
Ce ne sont pas les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN qui ont vaincu Daesh. En réalité, la Turquie, membre de l’OTAN, et le Qatar, allié des États-Unis, ont soutenu et financé ce groupe terroriste. Ce sont les Kurdes de Syrie et d’Irak, ainsi que les Irakiens, qui ont apporté leur soutien à la Coalition internationale contre Daesh. Entre 2014 et 2017, les forces kurdes ont démantelé le « califat » territorial de Daesh (l’État islamique) en moins de trois ans. Middle East Forum , 19 janvier 2026.

En janvier 2026, les forces du nouveau gouvernement de transition syrien, dirigées par le président Ahmed al-Charia (anciennement connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Jolani, ancien terroriste islamiste d’Al-Qaïda et chef de Hayat Tahrir al-Sham – HTS), lancèrent une offensive rapide et décisive contre les FDS. Initialement concentrée sur l’est d’Alep, l’opération s’étendit à Raqqa, Deir ez-Zor et à certaines parties d’Hassaké, grâce à des avancées fulgurantes appuyées par des milices tribales arabes locales.
Le résultat fut dévastateur pour les Kurdes : les FDS perdirent le contrôle de vastes territoires, notamment des régions riches en ressources énergétiques (pétrole et gaz, comme les gisements d’Al-Omar et de Conoco) et en ressources hydriques (barrages sur l’Euphrate, dont celui de Tabqa).
Raqqa et Deir ez-Zor, anciennes capitales symboliques de Daesh, puis sous administration kurde, tombèrent sous le contrôle total de Damas. Les FDS se replièrent vers l’est, concentrant leurs efforts sur la région d’Hassaké, Qamichli et l’extrême nord-est, à la frontière irakienne. Elles conservèrent également le bastion de Kobané (Aïn al-Arab), symbole de la résistance anti-Daesh de 2014-2015, mais désormais encerclée par la pression turque au nord et par un gouvernement central syrien hostile au sud.
Le cessez-le-feu annoncé le 18 janvier 2026 entre le gouvernement syrien et les FDS prévoit l’intégration individuelle des combattants kurdes dans l’armée nationale, la remise immédiate de Raqqa et de Deir ez-Zor, le contrôle de l’État sur les champs pétroliers, les points de passage frontaliers et, surtout, sur les camps et les prisons abritant des dizaines de milliers de membres de Daesh et leurs familles.
Pendant des années, les FDS ont détenu environ 9 000 combattants de Daesh (ainsi que des dizaines de milliers de femmes et d’enfants dans des camps comme Al-Hol) sans procès formel. Au cours des combats et de l’effondrement des lignes de défense, des évasions massives ont eu lieu : des centaines de djihadistes se sont échappés de prisons comme Al-Shaddadah, chaque camp accusant l’autre d’évasion. Le gouvernement de Damas a repris le contrôle de nombreux sites, tandis que les FDS – selon certaines sources syriennes et turques – ont retiré leurs gardiens d’Al-Hol sans coordination, risquant ainsi de nouvelles libérations ou une instabilité accrue.
Avant sa chute, Bachar el-Assad avait averti à plusieurs reprises les Kurdes syriens : l’alliance avec les États-Unis et l’autonomie de facto du nord-est ne dureraient pas éternellement, et Damas recouvrerait sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Aujourd’hui, alors que le nouveau pouvoir à Damas hérite d’un pays fragmenté mais en voie de réunification, ces paroles résonnent comme une prophétie.
Le paradoxe est flagrant : les Kurdes des FDS, grâce au soutien aérien et logistique des États-Unis, ont joué un rôle déterminant dans la défaite territoriale de Daech en Syrie (2017-2019), aux côtés des Russes et des Iraniens opérant sur d’autres fronts. Aujourd’hui, ces mêmes Kurdes risquent de voir leurs anciens ennemis djihadistes – ou du moins certains d’entre eux – ressusciter sous un gouvernement qu’ils ont jadis combattu.
Il reste à voir si les 50 000 prisonniers et leurs familles liés à Daech (une estimation approximative basée sur les prisons et les camps) seront utilisés comme une arme géopolitique contre l’Iran (qui, avec la Russie, a contribué à vaincre Daech), s’ils provoqueront une nouvelle instabilité interne, ou si Damas parviendra à les instrumentaliser contre les minorités chrétienne et yézidie, dont Al-Jolani fait partie.
Pendant ce temps, les Kurdes syriens, réduits à quelques poches de résistance, paient le prix fort pour avoir une fois de plus été sacrifiés par des puissances extérieures dans un jeu qui les dépasse. Kobane résiste, mais le rêve d’un Rojava autonome semble plus lointain que jamais. Voilà ce qui arrive aux prostituées de l’Amérique. Que quelqu’un en tire des leçons.
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►Des djihadistes de Daesh entrent en Syrie depuis la Turquie, avec pour objectif de libérer 10 000 djihadistes de Daesh emprisonnés…

[Urgent :
De nombreux combattants de Daesh ont pénétré sur le territoire depuis la Turquie. Un groupe est désormais entré dans Raqqa, tandis qu’un autre s’est rendu à Al-Hasakah. Ils prévoient de libérer les 10 000 prisonniers de Daesh.
La Turquie leur apporte son soutien total. De violents affrontements se poursuivent entre les forces kurdes des FDS et les terroristes de Daesh à l’intérieur de Raqqa.] :
#BREAKING NEWS #Urgent:
Large groups of Islamic State fighters have entered from Turkey. One group has now entered Raqqa, and another group has gone to Al Hasakah. They are planning to free all 10,000 ISIS prisoners.
Turkey is fully helping them. Heavy clashes continue… pic.twitter.com/IV2C01gdlX— Botin Kurdistani (@kurdistannews24) January 17, 2026
➡️« La Turquie leur apporte son soutien total » : c’est à dire au service des rêves califaux d’Erdogan, et des leurs, que le calife turc en devenir espère coopter.

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