Il se nommait Sébastien X. Voici son histoire.
Sébastien X n’était pas né écologiste. Issu d’une famille aisée, il était devenu informaticien dans une entreprise de renom. Il menait jusqu’à avant la chute une existence des plus normales. Jusqu’au jour où il rencontra une militante écologiste. Elle n’avait rien de vraiment spécial, mais l’amour emprunte parfois des sentiers mystérieux. Pour l’amour de la belle Cécile, il embrassa la cause des amateurs de grillons farcis, de pots de chambre en bois, et de la mobilité trottinettique ou vélocipédique.
Il fut de tous les combats. Mégabassines, autoroutes, partout où le devoir l’appelait, il se rendait. Avec sa dulcinée. Leurs sclérotiques rougies par les lacrymos, les cicatrices dues aux balles des LBD pouvaient en témoigner. Les murs de leur chambre à coucher étaient tapissés de posters de Sandrine Rousseau et de Marine Tondelier. Ils ne désiraient pas d’enfants pour le moment, ils préféraient attendre l’époque bénie où la planète deviendrait habitable, dans un monde où l’être humain batifolerait dans des prairies dignes du jardin d’Éden, c’est-à-dire jamais.
Mais leur idylle prit fin un beau jour. Ce fut à cause de l’hygiène. Cécile était intransigeante sur ce plan-là. Elle adorait les parfums de luxe, les bains moussants avec des centaines de litres d’eau, les vêtements. Fille de grands bourgeois, elle était devenue écologiste juste pour emmerder ses parents. Sébastien, lui, avait suivi les recommandations délirantes des instances suprêmes des ayatollahs de la peste verte. Il ne prenait plus qu’une douche tous les quinze jours, changeait de sous-vêtements et de chaussettes toutes les semaines et gardait les autres vêtements sur le dos deux mois d’affilée. À ce rythme, il ne tarda pas à émaner de sa personne un fumet digne d’un chenil mal entretenu, peut-être même pire. Il franchit les limites du supportable le jour où il installa des latrines dites à fosse sèche dans leur logement. Elle le quitta.

Il vécut chichement de maigres indemnités de chômage, peinant à payer ses factures. En fin de droit, ne réglant plus son loyer, il fut expulsé un beau matin d’avril. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase de son désarroi et de sa colère. Il tenta d’appeler quelques militants susceptibles de l’héberger. Les réponses furent évasives. Il entendit même l’épouse d’un de ses compagnons de lutte conseiller à son conjoint de ne pas héberger ce sac à m. Il décida d’en finir. Quitter ce monde empli de pollutions horribles et d’incompréhension lui parut la seule échappatoire qui s’imposait. Il choisit, ô suprême ironie, l’élément liquide pour mettre fin à une existence qu’il estimait inutile.
Il se rendit sur un pont de la bonne ville de Paris avec une banderole où était écrit la phrase suivante : Vive l’écologie et mort aux cons. Il se jeta dans le vide. Ce furent les pompiers qui le récupérèrent. Il tenait des propos incohérents. Sa raison avait basculé. Il fut interné dans un asile où il passa le reste de sa vie à repeindre sans cesse les murs de sa cellule en vert. Les médecins le laissèrent vaquer à cette innocente occupation qui était le seul moyen le faire tenir tranquille. Sinon, il devenait vert de rage.
FIN
ARGO
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Bonjour et merci mon cher ami Argo. Je vois qu’on l’a échappé belle ! Si le Sébastien était mort en se noyant, son cadavre aurait polluer l’eau : un comble pour un escrologiste.! Bonne fin de semaine.
J’ai vécu quelques jours dans un « hôtel écologique » en Guyane, où la propriétaire des lieux avait cru très malin d’infliger ces trop fameuses « toilettes sèches » à sa clientèle! L’odeur pestilentielle qui s’en dégageait était IRRESPIRABLE à plus de dix mètres aux alentours!… Vous pouvez imaginez les épidémies catastrophiques de maladies potentiellement mortelles que l’usage des ce genre de « toilettes » provoqueraient, si par malheur leur usage se généralisait dans le monde entier, même et y compris chez nous!