Quand je suis motivé je me distrais avec un projet qui me tient à coeur, une suite d’articles sur les coûts de la santé. Je veux jeter un pavé dans la mare, tout en sachant que le Bulletin des médecins suisses refusera probablement de les publier.
Je propose ci-dessous aux lecteurs de Résistance républicaine les 2 pages ci-dessous qui constituent le point 11 des améliorations ou changements proposés, pour voir leurs réactions et me motiver à continuer.
Je crois que j’ai enfin compris pourquoi, grâce en particulier aux ordinateurs, leur haute école les forme beaucoup moins bien.
Il y aura des commentaires Des infirmières universitaires du Québec m’ont déjà annoncé leurs commentaires. N’hésitez pas, amis lecteurs de Résistance républicaine.!!!
Dominique Schwander
Nota Bene : même si il y a à présent aussi des hommes dans le métier, ils demeurent minoritaires, et pour l’heure le métier est associé au sexe féminin dans l’imaginaire. C’est pourquoi nous pourrons tour à tout dans le texte ci-dessous évoquer les « écoles d’infirmières » comme avant et les infirmiers eu masculin-pluriel pour parler des personnes, Christine Tasin m’arracherait les yeux si j’utilisais l’écriture inclusive et je n’oserais plus me regarder dans une glace.
Revenir au valeurs du passé de nos bonnes écoles d’infirmières
Nous devons mieux former les infirmiers en les rendant plus efficaces, en les libérant des ordinateurs et en revenant au valeurs du passé de nos bonnes écoles d’infirmières.
Depuis Florence Nightingale (1820-1910), une « bonne infirmière » doit posséder un mélange de compétences techniques, de qualités humaines et d’attitudes professionnelles. Mais, surtout, pendant leurs années d’études, les infirmiers doivent doit avoir conservé leur bon sens, être devenus très attentifs, très observateurs et avoir acquis pendant de long stages en hôpitaux, encadrés par des infirmiers expérimentés différents qui y travaillent vraiment, un bon sens clinique, un bon sens critique, une grande expérience clinique et une bonne résilience au stress.
D’ordinaire flegmatique et immunisé contre les soucis hospitaliers vulgaires, un bon infirmier (qu’il soit masculin ou féminin) est un employé imperturbable, ayant cette capacité de garder la tête froide sous le feu; il impressionne les médecins en restant maître de soi dans une situation délicate. Or, depuis que les infirmiers sont formés dans les hautes écoles, leur sens critique est aux abonnés absents, ils ont trop peu de sens clinique et d’expérience clinique et les ont remplacés par des théories et même par un stéthoscope sale autour du cou comme les médecins dans les feuilletons à la TV.
Pourquoi certains de nos élus, tant cadres médecins que médecins enseignants oublient-ils que si la Suisse est un des pays des plus prospères, c’est en particulier grâce à son système de formation dans tout le domaine entrepreneurial ? Même dans les domaines bancaire et de la santé, système qui est beaucoup plus professionnel (apprentissages avec de nombreuses passerelles…) que théorique ( hautes écoles et formation universitaire). Autrement dit, sur la tekhnê (formation pratique le savoir-faire) et non sur l’épistémè (les connaissances livresques, la science, ses concepts).
Dans tout établissement de santé, les infirmiers peuvent s’associer à la joie de l’action médicale accomplie mais non à l’établissement de leurs plans par le patient et son médecin.
Je ne cherche pas à vexer inutilement les infirmiers de terrain ; pendant mes vingt dernières années comme médecin-chef toutes les infirmières et infirmiers de mon service étaient excellents et merveilleux. Je ne suis pas le seul à l’affirmer. Régulièrement les infirmières et infirmiers de notre service étaient promus infirmière enseignante, infirmier chef des urgences, infirmière chef d’un service de soins intensifs, infirmier chef d’un hôpital, directrice d’une école d’infirmière, infirmière chef d’un bloc opératoire, etc.
Aujourd’hui bien des infirmiers ne sont pas responsables de tout ce que leur imposent leurs formateurs ou administrations hors des réalités médicales. Ils managent mal le stress et sont très vite fatigués si ce n’est épuisés. Dans les hôpitaux et les EMS, l’épuisement professionnel (burn-out) est devenu une des pathologies à la mode qui coûte cher à tous. De plus, depuis qu’ils sont devenus accrocs aux ordinateurs devenus omniprésents dans les hôpitaux et que l’ordinateur remplace leur cerveau, leur mémoire et leur attention, ils ont un déficit d’attention et de mémoire de fixation, confondent de plus en plus les patients et les médicaments des patients de leur unité de soins et font plus d’erreurs. Manquant cruellement de sens et d’expérience clinique, ayant remplacé leur bon sens par des théories et manageant mal le stress, ils appellent le médecin pour des bagatelles mais ne saisissent plus les situations où le médecin du patient doit être rapidement alerté.
Cette nouvelle génération d’infirmiers sont de leur temps, ils ont un bachelor, un master, doutent et mettent en question l’avis et les ordres du médecin (acte considéré opportun quand c’est juste, mais pas systématiquement), mais sont incapables de comprimer fermement un point de saignement et laissent le patient se vider de son sang par peur de lui faire mal, pour donner un exemple. Si vous ne le croyez pas, questionnez de bons médecins proches de leur retraite qui opèrent dans les hôpitaux et les cliniques privées et les vieux médecins qui ont été hospitalisés plusieurs fois au cours de leur vie.
En réalité, cette nouvelle génération d’infirmiers est victime des mêmes problèmes de formation que les pilotes d’avion et les conducteurs de voitures robotisées. L’automatisation des avions et des voitures rend les pilotes et les conducteurs moins sensibles à l’épreuve, amollis et engourdis, en leur rendant le vol ou le trajet trop et dangereusement agréable. Le fait que l’attention du pilote et du conducteur et de leurs compétences soient trop peu mises en jeu et exercées est à l’origine de morts dans des accidents aériens et d’accidents de la circulation. Une partie du problème est due aux réglementations bureaucratiques et tyranniques de la puissante Federal Aviation Administration des Etats Unis (FAA) et à des normes de l’UE qui obligent l’industrie à se fier davantage au pilote et à la conduite automatique. Heureusement, suite à l’analyse détaillée d’accidents, la FAA a fini par comprendre elle-même le problème et a conclu que les pilotes délèguent de trop grandes responsabilités aux systèmes automatiques. L’UE, elle, est encore, pour les voitures, dans la phase enthousiaste.
Pour éviter qu’il s’amollisse et s’engourdisse, il est très bon de soumettre tout être humain à certaines tensions, à certains stress, mais bien sûr pas en excès ou trop durablement. Nous devons tous beaucoup plus ignorer les dangers mineurs et consacrer notre énergie et notre ingéniosité à nous protéger contre les grands dangers et seulement ceux-là, soit contre de vrais dangers conséquents comme ce récent affreux désastre de Crans-Montana à la Saint-sylvestre. Cette méthode stratégique devrait être appliquée pas seulement à la formation des pilotes d’avions, des conducteurs de véhicule, du personnel soignant et des médecins mais aussi à la politique sociale, à la santé publique et à bien d’autres domaines par exemple l’Etat providence.
Docteur Dominique Schwander
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