Droit international et capture de Maduro : c’est Sarah Knafo qui a raison

Hier, j’ai lu l’article de Jacques Guillemain sur le Venezuela et j’avoue mon grand étonnement devant le point de vue développé. Jacques, et c’est parfaitement son droit, considère que Sarah Knafo défend une opinion qui  « légitime un acte de piraterie » et trouve cela « dommage » parce qu’il apprécie Sarah pour de multiples autres prises de positions qu’il soutient.

Pour ce qui me concerne, je pense à l’inverse de Jacques que sur cette question elle a parfaitement raison et je vais expliquer pourquoi j’affirme cela. Au passage, je souhaite que mon texte soit lu dans le cadre du légitime et respectable débat d’idées et non comme une mauvaise polémique faite à un autre contributeur, de plus talentueux, de Riposte Laïque.

Donc, pour le dire de manière résumée, Jacques considère que l’intervention de Trump au Venezuela avec capture de Maduro, le dictateur à la tête du pays (et sa femme), est un acte de piraterie (doublé d’une mainmise sur le pétrole de ce pays) qui fait la part belle au « vieux principe de la loi du plus fort » alors que les relations entre pays devraient se faire sur la base du respect du droit international, sinon « c’est un passeport vers la 3e guerre mondiale ». De ce fait, au nom du respect du droit international, Jacques souhaite que les relations entre pays se fassent en respectant ces règles. C’est-à-dire les chartes et conventions de l’ONU.

Dans l’article de Jean Sobieski et Danielle Moulins (publié également hier), on peut voir et entendre Mélenchon développer son opinion sur le sujet. Il déclare notamment : « Nous croyons au droit international. Nous en connaissons les défauts, son impuissance parfois. Mais c’est la seule légalité ». Donc Mélenchon défend aussi la position que c’est le droit international qu’il faut respecter et qu’en conséquence l’intervention américaine est inacceptable. C’est certes en le disant un peu différemment ce que défend Jacques. Reste que pour Jacques, pour Mélenchon et tant d’autres de gauche et même de droite, il faudrait baisser la tête et accepter le diktat du fameux  « droit international » c’est-à-dire respecter les exigences et conventions que veut imposer l’ONU à la Terre entière.

Faut-il rappeler qu’à l’ONU il y a un comité des droits de l’homme présidé par l’Iran, il y a aussi un comité des droits de la femme présidé par l’Arabie saoudite, un comité de décolonisation dont le rapporteur était le représentant de la Syrie de Bachar Al-Assad, ledit comité demandant régulièrement l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie ? Et ce sont les règles établies par ces gens devant lesquelles tous et chacun devraient s’incliner ? L’ONU, ce « machin » comme l’appelait à juste titre de Gaulle. Au fait, pourquoi de Gaulle avait-il cette défiance vis-à-vis de ce type d’organisme ? Tout simplement parce que ce genre de structures prétend imposer sa volonté à chaque pays, ce qui est une atteinte à son indépendance et sa souveraineté. Ce qui était une ligne rouge que le Général refusait catégoriquement de laisser franchir.

Il en va exactement de même en Europe, principalement, sur le sujet des « droits de l’homme » au nom desquels la CEDH et l’Union européenne imposent leurs diktats à tous les pays membres. Instituée par le traité de Rome de 1950 et mise en place en 1959 dans le cadre du Conseil de l’Europe, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) est une juridiction qui assure le respect de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales (Convention EDH). La France a été le dernier État fondateur du Conseil de l’Europe à ratifier la Convention, en 1974 (sous Giscard), et à accepter la compétence de son bras juridique. Je rappelle que de Gaulle a toujours refusé que la France ratifie cette convention car comme pour l’ONU, il savait que toute ratification provoquerait la perte de souveraineté de la France puisque la CEDH pourrait s’immiscer dans nos affaires. Et il avait bien raison car le résultat de la ratification de 1974, pour ne prendre que l’exemple de l’immigration, a des conséquences dramatiques. Avec la mise en œuvre de l’article 8 de la CEDH, le regroupement familial n’est plus contestable maintenant. Donc chaque migrant a toutes les possibilités de faire venir les membres de sa famille, soit plusieurs dizaines de personnes s’il le veut. Idem pour les réfugiés que la France ne peut pas refuser, même si tout le monde sait que les vrais réfugiés sont très peu nombreux. Et c’est comme cela qu’on a officiellement 500 000 migrants de plus chaque année. La France n’a plus son mot à dire. Elle ne peut plus décider, ayant abandonné sa souveraineté en votant le traité de Maastricht en 1992. C’est le règne de l’État de droit et de l’Union européenne, véritable dictature pilotée par des gens dont aucun n’est élu mais qui pourtant impose sa politique et ses volontés à plus de 500 millions de personnes.

Au passage, je rappelle que les tenants de ces conceptions liberticides et contre le droit des peuples et des pays à décider de ce qu’ils souhaitent, qui aujourd’hui hurlent contre Trump, prônaient… le « droit d’ingérence », n’ayant aucun fondement en droit international. À l’instar du bon docteur Kouchner (ministre PS) dans les années 80. Mais là, il s’agissait d’aller intervenir dans d’autres pays afin d’y imposer le Bien et la bonne idéologie. Les mêmes dont les ancêtres (de gauche), à partir de 1895 en France, faisaient la promotion de la colonisation au motif que ceux qui avaient fait la révolution de 1789 allaient apporter les lumières aux « peuples inférieurs » (c’étaient les termes de l’époque) qui n’avaient pas eu la présence d’esprit de faire comme les révolutionnaires français. Aujourd’hui, les mêmes ont oublié leurs discours d’hier et disent que la colonisation fut un crime contre l’humanité et un pillage de ces pays, alors que comme en Algérie, c’est la France qui a entièrement construit ce pays. On se souviendra qu’en 1959 (soit 3 ans avant l’indépendance décidée par la France), le département qui deviendra l’Algérie coûtait 25 % du budget de la France à lui tout seul. Ce sont aussi ceux qui font la promotion des droits de l’homme et du droit international devant lesquels doivent se prosterner peuples et nations.

Au final, on constate que deux idéologies s’affrontent : d’une part les tenants de la primauté du droit, sorte de Dieu au-dessus des États et des peuples, imposant ses volontés au nom du Bien et du progressisme et d’autre part ceux qui refusent cela et considèrent que ce sont les peuples et les pays qui sont les seuls à pouvoir décider de ce qui est bon pour eux. Jacques visiblement défend la première conception et Sarah se reconnaît dans la seconde. Pour ma part je suis inconditionnellement partisan de la souveraineté nationale et du fait que c’est à chaque peuple de décider et que ses opinions doivent être respectées.

En fait ces conceptions prônant le fait que le droit doit se situer au-dessus des États et des peuples sont une sorte de délire des pays occidentaux principalement européens, commencé entre les années 70 et 80, qu’ils tentent d’imposer à la terre entière. De Gaulle disait à ce sujet à son garde des Sceaux, Jean Foyer : « Souvenez-vous de ceci : il y a d’abord la France, ensuite l’État, enfin, et autant que les intérêts majeurs des deux sont sauvegardés, le Droit ». Force est de constater que c’est l’exact inverse qui s’est imposé aujourd’hui. Il y a d’abord le droit, ensuite l’État et en dernier la France. Dramatique. Donc, désolé mon cher Jacques, se dire défenseur du droit international matérialise un profond désaccord avec la conception que Sarah défend (ainsi que moi) sur la souveraineté nationale et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par ailleurs, on est en droit de se demander : où, sur Terre, ces conceptions prônant le respect du droit international sont-elles mises en œuvre et respectées particulièrement lors de conflits ? Mais surtout, cette conception n’est nullement la vérité révélée ni une idée indiscutable.

D’ailleurs même Jacques le reconnaît, notamment en prenant l’exemple de l’Ukraine et d’Israël. Il soutient à juste titre le droit d’Israël de se défendre en invoquant la légitime défense. Mais ceux qui contestent ce droit parce qu’ils sont les ennemis d’Israël, que disent-ils ? Ils invoquent… le droit international pour soutenir les Palestiniens, c’est-à-dire le droit du Hamas d’agresser Israël. On ne peut pas défendre le droit international pour une partie de la Terre sur certains sujets et le contraire pour d’autres régions et conflits. Sinon c’est du en même temps macronien et à force de faire ce type de grand écart, on finit par se faire une sérieuse déchirure musculaire.

Comme Sarah, je pense que Trump a eu parfaitement raison d’intervenir au Venezuela pour capturer un dictateur sanguinaire, mafieux et à la tête d’un narco-État responsable de l’exportation quasi industrielle de cocaïne à travers toute la planète, notamment aux USA, et responsable de la déchéance et la mort de tant de personnes. Je rappelle au passage que 8 millions de Vénézuéliens ont fui ce pays maudit où la torture est quotidienne et la démocratie un mot vide de sens. De plus, si j’ai bien compris, la Colombie et le Mexique sont dans le viseur et pourraient être confrontés dans peu de temps à des événements du même genre.

On peut trouver cela affreux, mais Jacques devrait se souvenir de ce que disait Raymond Aron : « Le drame de Giscard, c’est qu’il ne sait pas que l’histoire est tragique ». Oui l’histoire est tragique et il faut être bien naïf et idéaliste pour croire que le droit pourrait s’imposer au plan mondial. Ce serait ainsi le triomphe de ce qui serait déclaré raisonnable. Tout nous démontre le contraire. Les pays ont des intérêts, les défendent, et effectivement c’est le rapport de force qui règle leurs relations. De Gaulle disait à ce sujet : « La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». Pour Fukuyama l’Histoire, avec un grand H (comprendre les conflits), devait s’achever le jour où un consensus universel sur la démocratie mettrait un point final aux conflits idéologiques. Et il pensait que ce serait le cas avec l’effondrement du Mur de Berlin en 1989 et la fin de la guerre froide. Aujourd’hui preuve est faite qu’il avait tort avec son analyse. Les intérêts de chaque pays existent toujours et pour ce qui concerne la France, notre nation n’a jamais été aussi grande et respectée que du temps de deux personnages : Napoléon et de Gaulle qui avaient comme priorité absolue la défense et la place de la France dans le monde. Trump défend les intérêts de son pays et refuse de se plier aux exigences du droit international. Il a entièrement raison. Ce qui est dommage, c’est que la France ne fasse plus de même et prétende, comme le fait Macron, que ce qui compte, ce sont les intérêts de l’Europe. Même si cela doit être préjudiciable aux agriculteurs.

Et ce sont d’ailleurs nos agriculteurs qui en payent le prix. Leur disparition est à l’ordre du jour, au nom des intérêts de l’Europe et surtout des Allemands qui, eux, savent défendre leurs intérêts notamment par la vente de leurs voitures. Ce qui confirme que les droits de l’homme ou le droit international ne sont là que pour domestiquer et soumettre les peuples et nations d’Europe. Mais les intérêts des pays n’ont nullement disparu, n’en déplaise aux européistes et mondialistes. Il ne faudrait pas l’oublier d’autant qu’il est fort probable que ces questions vont remonter à la surface. Et cela pourrait être assez brutal, surtout avec des populations qui ont été menées au désespoir.

Bernard GERMAIN

 1,268 total views,  1,268 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


3 Commentaires

  1. très bon article bien étayé, Merci B. Germain ; j’essaierais d’y répondre car il y a encore à y apporter . Je donne l’exemple de l’Algérie qui, si vous ne dites pas les raisons de  » cette colonisation » , peut en effet donner le flanc à certains détracteurs ; il convient donc de dire que si les français sont allés dans ce territoire, c’est qu’ils se défendaient eux même des attaques incessantes de pirates maghrébins sur les cotes méditerranéennes . On peut dire aussi que les arabes eux même ont colonisés ce pays berbère, et d’autres avant .
    L’UE a été préjudiciable pour notre pays, car avec les agriculteurs et cette formidable INJUSTICE, il y a eu les compagnies de transport qui ont fermées à cause des coups de boutoirs des pays de l’Est ; il y a aussi le problème du coùt de l’énergie qui a fait fermer des entreprises en France alors que certains pays européens ont obtenus des dérogations ….

  2. Belle chronique avec laquelle j’aurais tendance à être d’accord pour ce qui concerne LE MACHIN, pour lequel je rectifierai que c’est un Autrichien qui est responsable des droits de l’homme, Volker Türk, il est vrai que l’Arabie était une anomalie. Pour les femmes, c’est une Jordanienne, Sima Bahous qui est en charge. Wafa Sultan psychiatre syrienne, se bat contre l’islam par publication de remarquables ouvrages. Et sur le dossier Venezuela, je renvois à mon enquête en 3 parties dont la fin est parue ce jour.