Le Bolchoï : 250 ans de démesure, de grâce et de tempêtes

La façade du Théâtre Bolchoï à Moscou (« Bolchoï » ou « Grand Théâtre » en russe).

En cette année 2026, le Théâtre Bolchoï de Moscou  célèbre son quart de millénaire. Fondé en 1776 sous le règne de Catherine la Grande, le  « Grand Théâtre » n’est pas seulement une scène de classe mondiale : c’est le cœur battant de l’identité russe, un monument de résilience qui a survécu aux incendies, aux révolutions et aux guerres.

Auditorium du Théâtre Bolchoï, Moscou, Russie. Mihaly von Zichy 1856 · gouache ·

Fondé en 1776, le mythique Théâtre Bolchoï de Moscou a surmonté plusieurs incendies dévastateurs avant de s’imposer comme le joyau architectural que nous connaissons aujourd’hui. Inauguré sous sa forme monumentale il y a deux siècles, le bâtiment fut célébré en grande pompe avec le spectacle Le Triomphe des Muses. Pour revivre l’éclat de ces festivités historiques, découvrez l’ouverture de Cendrillon, le ballet de Fernando Sor qui enchanta le public moscovite lors de cette soirée mémorable.

Place à la musique et à la magie de cet extrait à écouter :

Un phénix de pierre et de dorures

L’histoire du Bolchoï commence par un privilège impérial accordé au prince Pierre Ouroussov. Depuis, le bâtiment a brûlé et s’est relevé trois fois. Sa façade actuelle, avec son célèbre portique à huit colonnes surmonté du quadrige d’Apollon, est devenue l’icône de Moscou.

Pour ce 250ème anniversaire, le théâtre a fait peau neuve. Les dorures à la feuille d’or de la salle historique scintillent plus que jamais sous le lustre de cristal pesant deux tonnes. Mais au-delà de l’architecture, c’est l’acoustique — restaurée lors des grands travaux des années 2010 — qui permet aujourd’hui de redonner toute leur puissance aux chefs-d’œuvre de Moussorgski et de Rimski-Korsakov.

L’excellence du ballet : l’école de la rigueur

Si l’Opéra est prestigieux, c’est le Ballet du Bolchoï qui a forgé la légende internationale du lieu. En 250 ans, il a imposé un style unique : une danse athlétique, héroïque, presque volcanique, qui contraste avec la retenue plus aristocratique de son rival, le Mariinsky de Saint-Pétersbourg.

De la création du Lac des Cygnes (qui fut pourtant un échec en 1877 !) aux envolées spectaculaires de Maïa Plissetskaïa (photo), le Bolchoï reste le gardien d’un temple technique inégalé. Aujourd’hui, malgré un contexte diplomatique complexe qui a freiné les grandes tournées mondiales, l’école de danse continue de produire des prodiges, attirant toujours des talents venus d’Asie et du Moyen-Orient, confirmant que l’excellence artistique ne connaît pas de frontières.

Ballet La fille du Pharaon, au Bolchoï

Un symbole politique malgré lui

On ne peut parler du Bolchoï sans évoquer son rôle de « vitrine ». Sous les Tsars comme sous les Soviets, le théâtre a toujours été le lieu où le pouvoir se met en scène. C’est ici que fut proclamée la création de l’URSS en 1922, et c’est ici que les dirigeants actuels continuent de recevoir les dignitaires étrangers.

En 2026, le défi du Bolchoï est immense :

  • Maintenir son rang de leader mondial alors que les échanges avec les scènes occidentales sont limités.

  • Innover tout en restant le gardien des  valeurs traditionnelles  chères à la Russie contemporaine.

  • S’ouvrir vers de nouveaux horizons culturels (coopérations avec la Chine et l’Inde).

1776-2026 : le spectacle continue

L’orchestre du Bolchoï

Pour marquer ce jubilé, une programmation exceptionnelle prévoit la reprise des grands ballets de Tchaïkovski, mais aussi des créations contemporaines rendant hommage aux compositeurs russes du XXe siècle.

Le Bolchoï entame son troisième siècle avec la même promesse : transformer la poussière de la scène en rêve éternel. Car comme le disent souvent les Moscovites : « Les gouvernements passent, le Bolchoï reste. »

Note de l’auteur : si vous avez la chance de visiter Moscou cette année, ne manquez pas l’exposition rétrospective dans les foyers du théâtre, présentant des costumes originaux ayant appartenu à Nijinski.

Anna Pavlova et Vaslav Nijinsky dans Le Pavillon d’Armide (1907)

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3 Commentaires

  1. Le Bolchoï c’est un enchantement. La perfection absolue. J’espère bien avoir la chance de te recevoir un jour à Moscou ma chère Christine quand la paix et la sérénité sera.

  2. Merci mon cher jules, vraiment magnifique! Un des temples les plus sacrés pour la célébration des arts. Je rêve d’y aller un jour ! Fernando Sor était plutôt connu comme guitariste, mais fut aussi compositeur de ballet et d’opéra, il m’est arrivé de jouer quelques une ses œuvres lors de mon apprentissage de la guitare. Bonne journée