Georgette Lemaire disparue : elle avait aussi chanté pour le cinéma

Illustration : « Un jour j’irai au cinéma » chanté par  Georgette Lemaire, chanson inédite – enregistrement non officiel

La chanteuse Georgette Lemaire est décédée à l’âge de 82 ans quelques jours avant Noël, 21 décembre 2025.

Elle  fut l’une des voix les plus authentiques de la chanson française.

Georgette Lemaire et le cinéma. 

Chansons pour le cinéma

  • En 1972, elle enregistre la chanson Demain sera différent pour le film Le Professeur de Valerio Zurlini, avec Alain Delon.

L’Amour en question est un drame judiciaire typique du cinéma engagé de Cayatte, avec Annie Girardot, Bibi Andersson, Michel Galabru,  explorant les ambiguïtés morales d’une affaire de divorce et d’adultère dans la France des années 1970. (Coupure de presse ici)​

Ecrite par Pierre Delanoë (paroles) et interprétée par Georgette Lemaire, cette ballade réaliste condense le thème central du film : les doutes, les non-dits et les interrogations sur l’amour conjugal, avec une voix qui porte l’émotion brute d’une femme du peuple face aux mensonges bourgeois.

  • Son grand succès Des millions d’amoureux sera plus tard réemployé par Steven Spielberg dans Munich (2005), exemple typique d’une chanson de variété française recyclée comme matériau de mémoire sonore dans un film politique et historique.

Un mot sur la vie de Georgette Lemaire…

Georgette Lemaire n’est pas née sous les projecteurs, mais sous le ciel gris de Belleville. Sa carrière, elle l’a gagnée au culot et au talent pur, portée par une voix qui semblait avoir déjà vécu mille vies. Une voix cuivrée, légèrement éraillée, capable de transformer une simple ritournelle en un cri de l’âme.

Belleville en 1965, avant le Grand remplacement.  Café Au Val de Loire, angle rue Saint Maur et rue du Faubourg du temple

Découverte dans l’émission culte Le Jeu de la chance en 1965, elle a instantanément conquis la France. On aimait sa sincérité désarmante. Elle ne jouait pas la comédie ; elle chantait sa vie.

Les années de gloire : la vie ordinaire sublimée

Ses succès, comme « Vous étiez belle, Madame », n’étaient pas que des tubes radiophoniques. Ils étaient les chroniques d’une vie ordinaire que chacun pouvait s’approprier. Georgette chantait les amours qui s’effritent, la nostalgie du temps qui passe, la dignité des petites gens.

Elle était la digne héritière d’Édith Piaf, non par imitation, mais par cette capacité viscérale à habiter chaque mot, chaque silence.

L’épreuve de l’ombre : la dignité face aux difficultés

La trajectoire de Georgette Lemaire n’a pas été une ligne droite vers les sommets. Elle a connu les revers cruels du métier, les changements de mode et, plus douloureusement, une grande précarité financière.

Ces dernières années, elle n’avait pas caché ses difficultés, évoquant avec une franchise bouleversante ses fins de mois difficiles et sa menace d’expulsion. Loin de l’image de la star inaccessible, elle était restée l’une des nôtres, confrontée à la dureté du réel.

« Je n’ai pas de regrets, j’ai des souvenirs », disait-elle avec cette tendresse un peu lasse qui la caractérisait.

Pourtant, malgré le manque de moyens, elle conservait cette élégance du peuple. Elle n’a jamais mendié la pitié, seulement le droit de chanter encore, de transmettre cette flamme qui l’habitait depuis les bancs des marchés de son enfance.

Un Adieu en rose et noir

On se souviendra de Georgette Lemaire pour cette humanité débordante. Elle était la chanteuse des émotions sans filtre.

Elle s’en va rejoindre les géants de la chanson, emportant avec elle le parfum d’une époque où l’on chantait avec ses tripes avant de chanter pour les chiffres. Elle nous laisse une œuvre empreinte d’une mélancolie lumineuse, le témoignage d’une femme qui a aimé, souffert, et surtout, qui n’a jamais triché.

Merci, Georgette. Votre voix continuera de résonner dans le cœur de ceux qui savent que la vraie richesse ne se compte pas en billets, mais en frissons.

« Il a pris son manteau de pluie, sa valise et il est sorti » : 

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4 Commentaires

  1. L’arrivée de Mireille Mathieu a quelque peu détruit sa carrière. Le monde du spectacle est cruel. Mais c’était une belle personne.

  2. Merci jules pour cette hommage à Georgette Lemaire. Je me souviens du débat qu’il y avait à l’époque : qui, de Lemaire ou de Mireille Mathieu, pouvait être la « nouvelle » Édith Piaf. Je dirais aucune des deux, que l’on aime ou non Piaf, on en est loin. Chacune à son style. Bonne journée.