6 juin 1944 : quand le septième art filmait « Le Jour le plus long »

Le 6 juin 1944 offre l’un des plus formidables viviers du cinéma de guerre et d’histoire : le Débarquement de Normandie.

S’il est un jour que le septième art a documenté, romancé et immortalisé sous toutes les coutures, c’est bien le 6 juin. La plus grande opération aéronavale de l’histoire a inspiré des dizaines de cinéastes. Pourtant, deux chefs-d’œuvre incontournables se disputent la mémoire collective, chacun témoignant de son époque.

Aborder le 6 juin sous l’angle des longs-métrages permet de confronter deux visions hollywoodiennes monumentales, séparées par près de quarante ans d’évolution technique et narrative.

1962 : « Le Jour le plus long », la fresque chorale et grandiose

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Inspiré du best-seller de Cornelius Ryan, ce monument produit par Darryl F. Zanuck reste la référence absolue du classicisme hollywoodien.

Ce film se distingue par trois choix artistiques majeurs :

  • Un casting de géants : réunir à l’écran John Wayne, Robert Mitchum, Henry Fonda, Richard Burton, mais aussi les Français Jean-Louis Barrault, Bourvil et Arletty.

  • Une vision globale : le film s’attache à montrer l’état-major, la Résistance française, les parachutistes (dont la célèbre scène de Sainte-Mère-Église) et les troupes de marine. C’est une œuvre analytique et spectaculaire.

Le saviez-vous ? Un vétéran du Jour-J au casting

L’acteur britannique Richard Todd joue dans Le Jour le plus long le rôle du Major John Howard, qui mena l’assaut sur Pegasus Bridge. Ce que le public sait moins, c’est que Richard Todd était lui-même un véritable parachutiste de la 6e division aéroportée britannique le 6 juin 1944, et qu’il avait réellement participé à la sécurisation de ce même pont historique.

La musique dans Le Jour le plus long (1962) : l’hymne militaire et patriotique

♪♫ La musique de ce film est indissociable de l’époque des grandes fresques hollywoodiennes.

  • Le compositeur est le grand Maurice Jarre (qui venait de triompher avec Lawrence d’Arabie) qui signe la musique orchestrale.

  •  Mais le thème principal, cette marche militaire entêtante que tout le monde garde en tête, a été composée par le célèbre crooner Paul Anka (qui joue d’ailleurs un petit rôle de Ranger dans le film).  C’est une musique galvanisante, rythmée par les sifflements et les tambours. Ici en anglais    Musique de la Garde Républicaine   Par Annie Cordy (franco belge)    Par Dalida (italienne et française). Pas d’enregistrements de franco algériens !

1998 : « Il faut sauver le soldat Ryan », le choc du réalisme moderne

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Trente-six ans plus tard, Steven Spielberg révolutionne le film de guerre en ouvrant son œuvre par une séquence entrée dans l’histoire : les 20 premières minutes du débarquement à Omaha Beach.

Ici, plus de romantisme ni de vision stratégique désincarnée. La caméra à l’épaule de Spielberg plonge le spectateur dans le chaos texturé, terrifiant et sonore des vagues d’assaut. Les couleurs sont désaturées, presque froides, rappelant les photographies de guerre de Robert Capa. En plaçant le spectateur au niveau du sable et de l’eau rougie, le film redéfinit le rapport du cinéma à la violence historique et décroche cinq Oscars.

♪♫ À réalisme radical, choix musical radical. Steven Spielberg et son compositeur fétiche, John Williams (le père des musiques de Star Wars et Indiana Jones), ont pris une décision artistique audacieuse.

  • Le silence pendant le combat : il n’y a aucune musique pendant les 20 minutes terrifiantes du débarquement à Omaha Beach. Spielberg voulait le bruit brut des balles, des vagues et des cris. La musique n’intervient que pendant les temps morts ou après l’horreur.

  •  Le morceau principal, Hymn to the Fallen (Hymne aux tombés), est une œuvre funèbre magistrale, interprétée par un orchestre symphonique et des chœurs.

Et ne l’oublions pas : 

On peut également mentionner Le Bataillon du ciel (1947), réalisé par Alexander Esway d’après le roman de Joseph Kessel. Ce film français met en lumière le rôle crucial des parachutistes de la France Libre (SAS) largués en Bretagne dès la nuit du 5 au 6 juin pour bloquer les renforts allemands vers la Normandie.

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4 Commentaires

  1. Un autre excellent film de guerre très prenant et réaliste avec Tom Hanks est « Greyhound »: la première traversée de l’Atlantique par le capitaine d’un escorteur de convoi anti-sous-marins. On peut en voir des extraits également sur Youtube, tels que celui-ci: http://www.youtube.com/watch?v=JDdx-XHlFnw

  2. Article très intéressant, et bien documenté, comme d’habitude.
    « Le jour le plus long » est un des très rares films qui m’a extrêmement impressionné, comme beaucoup d’autres personnes d’ailleurs je suppose.
    Comme tu le dis, c’est le summum de la production hollywoodienne, certes, mais le film est si bien fait à tous les niveaux qu’on ne s’ennuit pas une seule seconde.
    Comme tu le dis, la vision est globale, tous les aspects sont représentés. Cela dit, pour un film de 3 heures il faut bien parler de tout !
    Ne jamais oublier que si le débarquement a réussi c’est parce que les Russes se battaient contre la très grosse partie de l’armée hitlérienne sur leur territoire.
    Si Hitler avait envoyé toute son armée sur la côte atlantique, je pense que ce débarquement aurait volé en éclats en quelques heures.
    Nous devons sa réussite aux russes.

    • On peut aussi recommander l’excellent film russe « Libération » des années 70! Filmé en cinq parties d’environ deux heures chacune, il est d’un réalisme remarquable, et a certainement coûté une fortune à réaliser. On peut le trouver en accès libre sur Youtube. Nombre des acteurs qui participèrent au film étaient eux-mêmes des vétérans de la « Grande Guerre Patriotique »!…

  3. Hollywood a oublié que les zaméricains du débarquement n’étaient pas tous des anges. Nombreux sont ceux à qui on a mis un marché en main.
    Des taulards à qui on a promis : « Tu vas te battre en Europe, si tu t’en sors tu reviendras en homme libre. »
    Et c’est pour ça qu’il se trouvait, déjà, de nombreux noirs parmi eux. Je n’y peux rien, ce n’est pas ma faute…
    Rien à voir avec les « beaux gosses » du cinéma.