Barjols, le village aux 28 fontaines et 14 lavoirs…et autres (partie 2 sur 2)

BARJOLS, LE VILLAGE AUX MULTIPLES  FONTAINES ET LAVOIRS…ET AUTRES

Partie 2 sur 2

Pour relire, ou lire, la première partie, clique ici.

La semaine dernière, ton serviteur t’a fait découvrir l’historique, et quelques fontaines et lavoirs de ce merveilleux village qu’est Barjols dans le Var. Aujourd’hui, nous allons voir d’autres aspects passionnants de ce village varois.

La fête des Tripettes – Saint Marcel

Barjols est aussi connu pour sa grande Fête de la Saint Marcel, associée aux Tripettes. En effet, parmi toutes les traditions locales dont s’enorgueillit la Provence, il n’y en a peu d’aussi ancienne et d’aussi pittoresque que la Saint Marcel de Barjols. Chaque année en Janvier le village fête la Saint Marcel.

En 1349, Barjols et Aups revendiquent les reliques du Saint mort en revenant de Rome et enterré dans abbaye près de Montmeyan. Nos amis voisins, les tavernais, appelés depuis les avocats, conseillèrent aux Barjolais de s’emparer des reliques sans attendre la décision du chapitre de Brignoles.

La Saint Marcel c’est aussi un groupe de jeunes qui était en train de laver les tripettes du boeuf abattu en commémoration de celui qui un jour fut trouvé dans l’enceinte de Barjols et qui sauva les habitants de la famine. Un cortège se forma alors plein d’allégresse, se dirigea vers l’église et c’est là l’origine de la fameuse danse des tripettes.

Depuis l’an 1350, le dimanche le plus proche du 17 janvier, a lieu cette fête mémorable rappelant l’arrivée des reliques de Saint Marcel, Saint Patron du village. Cet évènement s’est passé le même jour où traditionnellement on sacrifiait un boeuf en souvenir d’une ancienne famine durant laquelle des barjolais avaient pu survivre en mangeant les tripes dudit bœuf..

Durant cette fête des « Tripettes » qui est une cérémonie mi religieuse, mi païenne, un bœuf est promené dans le village avant d’être cuit à la broche en place publique et mangé par les habitants (sniff…).

Depuis lors le village s’anime d’une frénésie incomparable, aubade, bravade, procession, farandole, pégoulade et la traditionnelle danse des tripettes lors de la célébration dans l’église. Monsieur le curé et tous les fidèles se mettent alors à sautiller d’un pied sur l’autre en chantant « lei tripeto de San Macèu » associé au son des tambourins et galoubets associés à la pétarade des arquebuses.

Pour conclure sur cette fête des tripettes – Saint Marcel, une petite vidéo d’un peu moins de 3 minutes et qui retrace les différentes étapes de cette magnifique fête.

 

Les tanneries

C’est au XIXe siècle que vient l’ère de la prospérité avec le développement de l’industrie du travail des peaux (moutons puis de vaches). Le village compte alors 24 tanneries, 19 moulins à Tan, trois papeteries, une blanchisserie, un moulin à foulon et une fabrique de cartes. A cette époque, le village compte près de 3300 habitants. Détails.

Le tannage est une activité douloureuse et pénible dans le labeur quotidien si on en juge par le « silence » des personnes qui l’ont vécu, mais ho combien rempli d’émotions et de solidarité.

Mais, qu’est-ce que la tannerie ? Bonne question, mon cousin. La tannerie a pour objet de transformer les peaux de certains animaux en cuir, c’est-à-dire, de passer d’une matière putrescible à un matériau imputrescible. C’est une réaction chimique entre deux éléments pour en composer un troisième.

Le milieu aqueux est indispensable. Barjols détenait des atouts :

  • l’eau à profusion
  • le relief : l’eau arrivait en cascade le long du réal et entraînait, bien avant l’électricité de nombreux tonneaux à foulon et machines diverses
  • la végétation : le tanin végétal utilisé à l’époque était l’écorce de chênes blancs ou verts abondants dans la région.

La tannerie devint alors le moteur de l’économie de Barjols durant plus de 300 ans.

SULLY féru d’agriculture, ne s’intéressait que peu à l’industrie, mais son maître et ami, HENRI IV, y pensait si bien que lorsqu’il disait vouloir que chaque français puisse mettre la poule au pot le dimanche c’est qu’il pensait que, grâce à l’industrie, ce rêve était réalisable. En 1608 il autorisa le sieur Jean-Baptiste VAILLANT à installer une usine de tannerie avec d’appréciables avantages fiscaux. C’est ainsi que naquit la première tannerie à Barjols, probablement la première industrie, tannerie qui devait continuer à être dirigée par des VAILLANT de père en fils jusqu’en 1974 et s’arrêter en 1981.

L’avènement de l’ère industrielle, au XVIII et XIXème siècles, a conduit la tannerie du stade artisanal au stade industriel et à sa spécialisation. Au début du XXème siècle, près de 200 tanneries existaient dans le Var dont une trentaine à Barjols. Il s’agissait d’entreprises familiales occupant une ou quelques dizaines d’ouvriers.

Au début des années de 1900, l’apparition de nouvelles méthodes de tannage révolutionne l’industrie du cuir. Le tannage devient « végétal », mais sa fabrication était très lente, plusieurs semaines à plusieurs mois. La véritable révolution repose sur la découverte du tannage au « chrome » qui ne dure que 24 heures, la concurrence devient alors très vive.

Cinq tanneries restèrent en activité en 1918. La tannerie PAYAN et FABRE, faute de successeurs, s’arrêta en 1920. La tannerie CARLE ferma en 1928. Pendant ce temps, les trois tanneries restantes Paul VAILLANT et fils, Albert PLAUCHAUD et fils, et FASSY voyaient leur effectif dépasser chacune la centaine de salariés, pour représenter en 1939 un total de 450 personnes environ.

Puis arriva les productions des tanneries italiennes, américaines et espagnoles. Ce raz de marée que les tanneries françaises n’avaient pas prévu, provoqua la disparition de la plupart d’entre-elles, dont celles de Barjols, en dépit d’un marché en pleine expansion, car jusqu’à présent aucun autre matériau ne peut remplacer la « noblesse » du cuir. Ainsi, en 1956 la tannerie FASSY et Fils ferma définitivement, la tannerie PLAUCHUD et Fils en septembre 1967 et la tannerie VAILLANT et Fils en septembre 1983.

Hélas, elles sont là depuis 400 ans, les célèbres tanneries de Barjols. Mais, à l’heure où ton humble serviteur écrit ces modestes lignes, ces témoignages du passé sont en cours de démolition.

Les travaux de dépollution et de démolition ont commencé au début de l’année 2021. La nouvelle municipalité veut y installer des logements, un écomusée, des espaces verts…Après plus de 400 ans de service et des générations de tanneurs qui ont fait la renommée de Barjols, une page est en train de se tourner.

 

Le vallon des Carmes

Ce superbe site naturel, situé à proximité du village au bord de la rivière du Fauvery, a été aménagé en 1996 par le conseil général, et réhabilité il y a quelques années pour être plus plaisant encore que ce qu’il n’était. Ruisseaux, trous d’eau, cascades : c’est au gré d’un circuit bucolique tracé dans un environnement rafraîchissant et escarpé, que l’on découvre cette aire naturelle de 3 ha et son patrimoine historique inédit. Nous sommes ici sur les vestiges du couvent des carmes du XVIIe siècle : on peut encore y admirer salles souterraines et grottes troglodytiques. Un lieu de balade et de baignade dont on ne se lasse pas !

 

La collégiale

Tout d’abord, tu dois savoir ce qu’est une collégiale ma cousine. Une collégiale est une église où vivent à demeure des prêtres séculiers (qui ne font pas parti d’un ordre religieux) nommés par l’évêque. Par cette nomination ils deviennent « chanoines » et forment un collège de prêtres, d’où le terme de collégiale. Cette charge n’existe plus depuis la Révolution.

La Collégiale de Barjols aurait été construite vers l’an 1014. En 1060, le Pape Alexandre II élevait cette église au rang de collégiale.

L’église construite par Gombert est un vaste édifice : nef de quatre travées avec bas-côté, l’ensemble couvert d’ogives. Au-dessus des voûtes des bas-côtés, la nef centrale est éclairée par d’étroites fenêtres.

Cette église fut dédiée à Notre Dame de l’Assomption. Son premier patron fut saint Sébastien et ensuite Saint Marcel. Elle fut incendiée en 1562 et restaurée en 1590.

 

Le marché des brocanteurs

Situé à la sortie du village en direction de Pontevès, ce lieu regroupe une trentaine de professionnels de la brocante sur un espace de 1800 m². Ouvert toute l’année du mardi au dimanche (hors jours fériés) de 10h à 18h.

Bon, ben, voilà, mes amis patriotes. On en a fini avec Barjols. Pour tes prochaines vacances dans le Var, ne rate surtout pas Barjols !

Bye bye,

Cachou

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13 Commentaires

  1. Surtout..la.drogue…..le.cannabis..est.a.l’honneur…le.dentiste..de.la.rue.principale…a.voir..sous.son.cabinet..les.grottes..etccc.piscine…des.soirées.xxxxxxxxxxx

    • Merci de ta participation à ce forum. Mais, très honnêtement, je n’ai strictement rien compris de ce que tu as voulu dire. Peux-tu redire la même chose de façon compréhensible ? Je t’en remercie.

  2. Merci pour le reportage! J’ai lu le livre Braises d’une Légende, il y a fort longtemps, qui contait l’histoire de Barjols. Bel article, belles photos, du soleil dans une période bien sombre, mille fois merci!

  3. Dans ma commune il y avait un lavoir qui datait des années 1800, il se trouvait en bordure de trottoir et ne dérangeait en rien le passage des piétons et des poussettes, il a été démoli tout récemment, ils ont juste goudronné l’emplacement
    Dans d’autres communes ils font la même chose pour tout ce qui témoigne du passé
    Vous allez penser que je suis complotiste, mais effacer le passé pour nous faire oublier nos racines fait bien partie du programme mondialiste
    Les maires qui font ça ou le laisse faire doivent agir sur ordre, sans penser qu’ils détruisent les souvenir de ce qui fut la France
    Et nous laissons faire, quelle inconscience

    • Il s’agit très probablement de maires écolos-dinguos ou islamogauchistes dont le seul soucis est de tout détruire.
      Si t’es complotiste, on sera deux, t’inquiète !!

    • Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les habitants laissent faire un tel crime (comme les talibans détruisaient .par manque d’instruction ) , n’y a t il pas de référendum ?
      Merci pour ce reportage très sympathique et instructif..là aussi il y a des entreprises qui sont en place depuis 400 ans et qui sont détruites à cause de la mondialisation , c’est honteux !.

  4. Salut Cachou..et les Zôtres; me voici..me voilà avec une histoire vécue il y a fort longtemps et qui a une similitude avec les « Tripettes ».
    Mais avant d’y parvenir il faut se mettre dans le contexte.
    Cela s’est passé à Aïn-Séfra il y a…….longtemps…très longtemps. 1956.
    Aïn-Séfra était jusqu’à l’arrivée des Français en 1882 un Ksar fortifié dans le seul but de se protéger des brigands nomades qui rançonnaient les agriculteurs.
    Le chef de ces brigands était un nommé BOU-HAMAMA qui, après ses larcins, se réfugiait au Maroc.
    Patience..j’en arrive à Barjols.
    Pour la petite histoire (voire la grande) ; avant l’arrivée des Français les nomades rançonnaient les sédentaires qui étaient contraints, soit de se réfugier en montagne, soit d’ériger des fortifications.
    Ce Bou-Hamama est devenue une figure légendaire de la résistance contre les Français.
    « On a bien les héros que l’on mérite ».
     
    En 1887, le rail arrivait à aïn-séfra et permit le peuplement du village érigé en 1882 ; le village, assis sur la rive gauche de l’oued, est habité par une population de commerçants, d’employés des chemins de fer, quelques fonctionnaires et dignitaires musulmans.
    Cette population hétéroclite est composée d’espagnols, de français, de juifs, des habitants du ksar descendus de leur « forteresse », de musulmans étrangers originaires d’autres ksours et villes d’algérie tels méchéria, saïda, béchar, etc.. Et d’une toute petite minorité kabyle qui vivent en parfaite harmonie.
    Les habitants du village étaient appelés par les musulmans açhab el filège et les habitants du ksar açhab el qsar ou bien les bou-dekhil.
     
    J’arrive au sujet

    A l’est du village européen, derrière l’institution lavigerie, se trouve le village nègre – la graba -et sa population d’environ 1000 personnes presque essentiellement des gouarrirs originaires de gourara cité située aux environs de timimoun dans le grand sud.
    Ce quartier est construit sur une zone totalement sablonneuse et les maisons s’y enfoncent.

    Ce n’était pas, en réalité, de vrais gouarirs qui, eux, sont de race blanche, mais plutôt des descendants d’esclaves noirs ramenés du soudan par les caravaniers berbères et arabes du sahara.
    Il y avait également parmi cette population des métissés qu’on appelait « haratines » ; cependant la majorité des haratines étaient sédentarisés au village.
    Les habitants de la graba (village nègre) étaient appelés les ouled sidna bibal ou blal, ou encore açchab legraba.

    Bibal fut le premier africain noir musulman aux côtés du prophète mahomet qui en fit le premier muezzin de l’islam. Toute la lithurgie africaine tourne d’ailleurs autour de bibal.

    Au cours de fêtes telles l’aïd, le village nègre produisait un spectaculaire concert de chants, danses africaines. L’on fêtait également le taureau en mémoire du sacrifice du taureau dont l’origine remonte à bibal el habachi ; lors de ce rituel l’on tuait un taureau afin d’en nourrir la population qui avait été victime de la disette.
    Cette fête dure plusieurs jours au cours desquels les habitants du village étaient conviés.
    Les « évènements » mirent fin à cette fête qui réunissait toutes les origines de population.
     
    J’ai retrouvé cette similitude en arrivant à Barjols et je me suis toujours interrogé sur ce point commun entre un petit village situé aux confins du Sud-Oranais et ce village de Barjols.
    Voilà c’était mon commentaire.

    • Passionnant, passionnant, passionnant ! Quel récit intéressant ! Et alors, comme tu le dis dans ta conclusion, grande est la similitude entre ces fêtes africaines et Barjolaises.
      Il y a, peut-être, un rapport historique entre ces deux événements, qui est passé inaperçu dans l’Histoire.
      Il y a peut-être une origine commune, puis chaque pays à « bifurqué » en fonction de ces cultures et traditions.
      Qui sait ?
      En tout cas j’admire ton immense culture nord-africaine où je me sens, face à toi, tout petit…
      Un grand merci de nous avoir appris ce fait d’histoire africaine à mettre en parallèle avec « Les Tripettes de Barjols ».

    • En tout cas, en ce qui me concerne, même si je sais que dans ton commentaire tu parles de la fête, j’ai horreur de tout ce qui est abats, trippes et tripettes en tête !!!!!
      Véridique !!
      Ce qui ne m’empêche évidemment nullement d’apprécier le caractère historique et folklorique de cette Fête des Tripettes de Barjols.

  5. Excellent article qui donne envie de visiter ce village !
    Je connais un petit peu le Var,cependant je ne connaissais pas du tout Barjols !